C'est en très bonne voie. Venez: nous travaillerons. Vous supprimez trop souvent la tierce dans les accords parfaits. À bientôt, et mille fois à vous.

Ma route a changé de nom: 10, route des Cultures, rive gauche, au Vésinet, Seine-et-Oise[38]. Tous les jours excepté mardi et samedi.

Juillet 1866.

Cher ami,

En plein xixe siècle, lorsqu'une société soi-disant civilisée tolère, encourage même les monstruosités bêtes et inutiles, les odieux assassinats qui s'accomplissent sous nos yeux et auxquels notre belle Frrrrance va sans doute bientôt prendre part[39], les hommes honnêtes et intelligents doivent se rassembler, s'entendre, s'aimer, s'éclairer et plaindre les 999 millièmes d'idiots, de filous, de banquiers, de raseurs dont notre pauvre terre est couverte!... Ce qui signifie, mon cher ami, que je serai toujours mille fois heureux de recevoir vos lettres, de resserrer les nœuds de notre amitié qui, j'espère, vous est aussi chère qu'à moi.

Et d'abord, parlons de votre ami[40]. J'ai vu M. de... qui m'a promis de ne pas choisir un secrétaire sans m'avoir prévenu. Malheureusement, il n'est pas complètement décidé à reprendre un secrétaire. Il peut, dit-il, s'en passer. J'ai chaudement appuyé. Tout cela est vague, et je suis désolé de n'être pas un monsieur très influent au risque d'avoir quelques décorations étrangères. Dites à G. que je pense continuellement à vous, c'est-à-dire à lui. Si je vois poindre quelque chose, je marcherai immédiatement. Quant à l'intérêt que je prends à cette affaire, dites, ou plutôt ne dites pas au tuteur-mécène, que j'entends le rendre tellement exorbitant qu'il n'en a, lui, le cher homme, jamais rêvé de pareil pour ses capitaux. C'est un 400 p. 100 qui se nomme le plaisir d'être bon à quelqu'un et à quelque chose... Décidément la culture des écus détraque le cœur et la cervelle. J'aime mieux mes fraises[41], mes ennuis et mes créanciers. Consolez G. Tâchez de lui faire prendre patience. Je ne vois rien, et croyez que cela me chagrine sérieusement.

Votre aventure au musée nous a fait rire aux larmes, Guiraud[42] et moi. Mille remerciements de tous deux et tenez-nous au courant de vos mœurs provinciales.

J'ai signé mon traité[43]. Je dois avoir mon premier acte lundi. Ma symphonie[44] est toujours inachevée. Il est vrai que j'ai à composer des mélodies pour Choudens. Je vous enverrai tout cela dès que ce sera publié[45]. Tout en achevant mes travaux d'éditeurs et en commençant ma Jolie Fille de Perth, je vais terminer ma symphonie pour laquelle j'ai un faible marqué, bien qu'elle me fasse endiabler.

Que faites-vous? Travaillez-vous? Il faut faire une bonne année de travail. Profitez de votre tranquillité. Si M. de Bismarck, aidé du choléra, son digne collègue en chair-à-pâté, nous fait rater l'exposition, nous retire nos élèves, nos éditeurs, notre pain, en un mot, j'irai vous demander asile et philosopher quelques semaines avec vous l'année prochaine, car, pour cette année, hélas! je vois bien qu'il n'y faut pas penser. À bientôt, cher, écrivez-moi, et croyez-moi toujours votre ami de toute sympathie, de toute affection et du meilleur de mon cœur.

Envoyez-moi de la besogne. Mille amitiés de mon père.