Le contre-point va à merveille. Commencez à 3 parties. Vous avez un traité; lisez et marchez. La mélodie que vous m'envoyez est claire; il y a du progrès dans la forme. L'idée n'est peut-être pas très originale, mais cela ne m'inquiète pas. Tâchez de m'envoyer de la composition. Je suis impatient de lire une cantate de vous. Lécuyer est, en effet, à Béziers. Iwan[32] est à la copie. Je ne passerai pas avant fin janvier ou commencement février.
Mon père vous dit mille choses; moi, je vous serre la main de toute amitié. À bientôt.
Décembre 1865.
J'allais précisément vous écrire. Je m'inquiétais de vous, et votre lettre me cause une surprise extrême. Je n'ai reçu aucune cantate[33]!... Ce papier n'a pu s'égarer chez moi; on me remet très fidèlement mes lettres. Je ne sais que penser. Je suis enchanté de vous savoir en bonne santé et en bonnes dispositions de travail. Quelle bonne vie vous menez là-bas! Que je voudrais être à votre place! Iwan est encore retardé! le théâtre Lyrique n'a pas le sou!... Envoyez-moi quelque chose. Je vous écrirai plus longuement un de ces jours. Je suis accablé de besogne. Je ne sais où donner de la tête. Envoyez-moi du contre-point, de la composition, et à vous de tout cœur.
Décembre 1865[34].
...[35]Ne vous découragez pas. Tout cela chante bien; c'est bien écrit. Vous avez fait trop vite, ne vous doutant pas des pièges accumulés sous chaque note. Débarrassez-vous de ce mal d'octaves. C'est curieux, rien de tout cela n'est bon, et cependant, il est évident que c'est le travail d'un musicien. Quelquefois un travail correct est preuve d'évidente incapacité. Recommencez tout cela, et attention! Envoyez-moi dès que ce sera prêt. J'ai fini avec le Lyrique. Iwan retiré. Je suis en pourparlers avec le Grand-Opéra. Je vous tiendrai au courant.
À vous mille fois.
Fin décembre 1865 ou plutôt janvier, peut-être février 1866[36].
Bravo! Vite, un autre quatuor avec scherzo et du contre-point. Lancez-vous, inspirez-vous. Ce petit quatuor-là, tout naïf qu'il est, est au-dessus de bien des gens qui se croient forts. Je suis ravi de vous voir en si bonne voie. Voilà un fameux pas de fait. Soignez-vous; ne lisez pas trop! Je voudrais bien avoir le temps d'abîmer mes yeux sur Voltaire et Diderot. Rien de nouveau à l'Opéra. Il faut attendre encore et intriguer toujours. Comme c'est amusant! Travaillez, et à vous de toute amitié.
Fin mars ou avril 1866[37].