Juin 1868.
Cher,
J'avais su par G. la maladie de votre père et votre lettre est venue me rassurer fort à propos.—Vous voilà hors d'inquiétude, profitez-en pour vous lancer. Appelez l'inspiration, elle viendra. Il ne s'agit plus d'études de caractères; il faut exprimer cet état maladif, nerveux qui s'appelle l'amour.—De la fantaisie, de l'audace, de l'imprévu, du charme, surtout, de la tendresse, de la morbidezza! J'attends avec une vive impatience votre premier morceau.
Je suis très embarrassé en ce moment; je ne sais que faire.
Si je concours à l'Opéra sans avoir le prix, je crains que les bonnes dispositions dont je suis l'objet ne se modifient à mon désavantage.
Si je concours avec le prix, cela reculera de deux ans peut-être ma grande affaire.
Si je ne concours pas et que ma grande affaire rate, je me trouverai entre deux selles!
Un conseil!
Je suis abruti; je termine l'arrangement à 4 mains d'Hamlet!... Quelle besogne!—Je viens de finir des mélodies pour... un nouvel éditeur. Je crains de n'avoir fait que des choses fort médiocres, mais il faut de l'argent, toujours de l'argent! Au diable!...
Rochefort tire la Lanterne à 90 000!!!!! C'est un grand succès. Lisez-vous cela à Crétinopolis? Le vélocipède va bien ici: plusieurs citoyens s'en sont fait mourir!...