Si j'ai tant tardé à vous répondre, c'est que je voulais me procurer la Coupe du Roi de Thulé[94] afin d'en causer utilement avec vous. Guiraud avait prêté son exemplaire; il est rentré depuis avant-hier, et je m'empresse de m'excuser de ce retard trop long, mais involontaire.

Je crois que vos caractères sont bien tracés. Vous paraissez peu enthousiaste d'Angus et de Myrrha. Je vous passe Angus qui est un personnage bête et odieux.—Myrrha, quoique peu sympathique, ne manque pas d'une certaine couleur.—C'est, selon moi, une courtisane antique. Le côté chatte n'a pas été suffisamment indiqué par les librettistes; c'est au musicien à réparer cette faute.—On peut tirer des effets de ce caractère félin et terrible dans l'ambition déçue: pas de cœur, mais une tête et autre chose... cela vaut mieux que rien. Réfléchissez-y bien, c'est important. Il faut que la Myrrha soit réussie... ou le premier acte et une partie du troisième sont perdus!

Votre division est bonne: je crois que les couplets de Paddock «Je ris», doivent avoir une grande valeur dramatique, mais très peu d'importance au point de vue de la forme du morceau. Il...[95] escompter l'air.—Je crois aussi que les soi-disant couplets de Myrrha à Angus sont tout bonnement un morceau d'ensemble.

La fin du premier acte est idiote. Il faut baisser la toile sur le saut d'Yorick. Là est l'intérêt.—Le deuxième acte est charmant.—Le troisième renferme de très bonnes choses. Il est difficile de savoir d'avance ce qu'on fera de ce poème. La fantaisie doit tout dominer.

Allez; c'est bien compris, mais attention à Myrrha. Soignez son entrée. Tout en laissant dominer l'amour d'Yorick, il faudrait là un dialogue, poser les deux caractères à l'orchestre.—Vous me comprenez.

Il est de plus en plus probable que je ne ferai pas le concours.—Perrin[96] est très empoigné par le poème de Leroy. Il y a des chances pour que cette affaire soit réglée d'ici deux mois, à moins que Verdi!... mais Perrin est très réellement bien disposé... Je le sais de source certaine. Si la pièce écrite donne ce que le scénario promet, il recevra la pièce avec enthousiasme. Il m'a recommandé de ne pas m'engager avec ces messieurs, et, d'un autre côté, a prié ces messieurs de ne rien conclure avec moi, tout en leur laissant supposer que je serai leur musicien. Du reste, je sais qu'il veut avoir la responsabilité absolue de ses affaires, et il a crânement raison.—Donc sans aucun doigt dans l'œil, très bon espoir de ce côté, presque certitude. Il m'a dit à moi: «Ne bronchez pas. La pièce est superbe... laissons finir». «Est-ce pour moi?» ai-je dit. «Oh! de tout cœur!», telle fut la réponse, et le ton valait mieux que la chanson.

On me demande une pièce antique pour les Italiens. Cela ne me sourit qu'à moitié.

J'ai terminé la symphonie. J'ai renoncé aux variations. Je crois que le premier morceau sera bon! C'est l'ancien thème

précédé d'une importante introduction calme qui revient au milieu dans l'agitation et termine le morceau dans une tranquillité complète. Ça ne ressemble plus du tout aux premiers morceaux connus... c'est nouveau, et je compte sur un bon effet.—Ce que vous connaissez n'est plus qu'au deuxième plan!—C'est drôle d'avoir cherché ça deux ans! Le milieu de l'andante est le deuxième motif du final qui s'arrange à merveille dans ce mouvement large... Curieux!... Satanée musique!... on n'y comprend rien!... Les archevêques[97] ont fait un four tellement abracadabrant qu'il est généreux de n'en plus parler!... Quant au X... il est complet!... Rochefort fait scandale avec la Lanterne. Le deuxième numéro est d'une audace... et d'une adresse!... À bientôt... tenez-moi au courant de votre travail... Vite lettre à votre ami.