Triste ébauche,
Je suis gauche,

jusqu'aux derniers de trois pieds:

Noble lame,
Vil fourreau,
Dans mon âme
Je suis beau.

Le dialogue de Claude et de Clopin était dit pianissimo, en mesure à 6/8 d'un rythme entrecoupé. Vis-à-vis de ces vers de Claude:

Mais que l'enfer la remporte,
Compagnon,
Si la folle à cette porte
Me dit non!

il avait écrit: Sommet. C'était un forte ou même un fortissimo; c'était la passion que Claude ne contenait plus. L'ensemble était supprimé. Seul, Clopin chantait pianissimo les quatre derniers vers pendant que l'orchestre rappelait en finissant decrescendo le premier motif. Bizet, en regard de ces vers, avait donc écrit: Coda. Il avait improvisé ces deux scènes devant moi en s'accompagnant au piano.»

Maintenant, au lieu d'une improvisation, la musique de ces scènes était-elle une réminiscence? Voilà ce que j'ai oublié.

Au début de nos relations, avant qu'il eût entrepris la Jolie Fille de Perth, il avait été question d'un Nicolas Flamel, et j'ai assisté au Vésinet à un entretien qu'il avait à ce sujet avec l'auteur des paroles, M. Ernest Dubreuil. Il esquissa même au piano une scène devant nous pour montrer comment il pensait la caractériser. Ce projet fut bientôt abandonné.

À la même époque,—c'était probablement en mai 1865,—il me chanta au piano un chœur pour voix d'hommes qu'on lui avait demandé de la Belgique. Il y avait été appelé comme membre du jury dans un concours, et il en arrivait. Ce chœur était sur des paroles de Victor Hugo[4]. «Écoutez. Je suis Jean. J'ai vu des choses sombres.» Il débutait par une introduction d'un mouvement large; puis, c'était une fugue avec la coda sur ces mots: «Certes, je vais venir.» Je fus stupéfait du caractère élevé et de la difficulté de ce morceau. Alors Bizet m'expliqua que l'orphéon belge marchait dans une voie complètement opposée à celle que suivait l'orphéon français, et que ce chœur serait fort bien exécuté. Il n'est sans doute pas gravé, car il ne figure pas au catalogue des œuvres complètes dressé par M. Pigot à la fin de son ouvrage sur Bizet. On devrait rechercher le manuscrit. Malheureusement, je ne me rappelle pas à l'orphéon de quelle ville de Belgique il était destiné. J'ai une vague idée que ce n'était pas Bruxelles, mais je ne puis rien affirmer[5].

Le Scherzo de Roma est également une des premières composition de lui qu'il m'ait jouées, peut-être la première. C'était au Vésinet. Primitivement, il avait envoyé ce Scherzo de Rome à l'Institut. Quant à la symphonie, qu'il ne devait achever que deux ans après, il commença à y travailler en 1866. Au mois de mai ou de juin, je l'ai entendu au Vésinet chercher des motifs au piano pour le premier morceau. Un jour, il me donna un devoir de contre-point à faire et me conseilla d'aller l'écrire dans la chambre de son père qui était absent, pendant que lui s'occuperait de sa symphonie. Le devoir n'avançait pas vite, car j'étais, en effet, fort distrait, prêtant beaucoup l'oreille aux sons du piano qui m'arrivaient de l'autre côté du jardin, du cabinet de Georges. M. Pigot a raconté dans son livre l'histoire du Scherzo et de la symphonie. Je n'ai donc simplement qu'à insérer dans cette introduction les lignes suivantes extraites de ma brochure de 1877: