Je me suis peut-être, ou vous m'avez peut-être décerné trop tôt le titre de positiviste. Mon étude s'est portée jusqu'ici sur le résumé très sommaire de tout ce qui n'est pas positiviste, et j'ai tout rejeté. J'ai acquis cette conviction (je l'avais déjà), c'est que les grands philosophes pratiques, les législateurs, les directeurs de peuples, les Salomon, les Confucius, les Moïse, les Zoroastre, les Solon n'avaient aucun système philosophique; ils n'en savaient probablement pas assez pour être ce que vous nommez positivistes, et ils se contentaient d'une morale tout humaine, appuyée quelquefois, je le reconnais, sur une religion croquemitaine à l'usage des peuples, presque aussi idiots déjà qu'ils le sont aujourd'hui.—J'ai encore acquis cette conviction: c'est que Platon, Aristote, Zénon, Origène, Augustin, Abailard, Albert le Grand, Roger Bacon, Ramus, le grand Bacon, Hobbes, Descartes, Locke, Helvétius, Spinoza, Malebranche, l'admirable Pascal, Bossuet, Leibnitz, Condillac, Hegel, Cousin, Lamennais, etc., etc., vivront ou par leur mérite littéraire, ou par les erreurs qu'ils ont détruites, ou par les progrès qu'ils ont fait faire à la science, à l'intelligence humaine, mais non par leurs méthodes et leurs systèmes philosophiques.—Il est inutile de vous dire que j'ai fait ce travail au galop, à grands coups de dictionnaires, de résumés, etc. Je reviendrai sur mes pas au point de vue littéraire, mais pour rien au monde, je n'emploierai mon temps et mes forces à l'étude de ce qui me paraît puéril et insensé. Maintenant, je ne demande pas mieux que d'être tout à fait positiviste.—Faites-moi un catalogue des ouvrages à lire.—Mais jamais je ne suivrai Taine dans son parallèle irritant du progrès social et du progrès artistique. C'est faux, archifaux!—Que faut-il lire de Littré et de Comte? Faites-moi cette petite note, et merci d'avance.

Est-ce admirable ce livre d'Hugo?[104]

Vous ne le connaissiez donc pas?

Comment diable vous l'êtes-vous procuré?

Votre envoi est supérieur aux précédents. Vous progressez—lentement, peut-être—mais en art, il ne s'agit pas d'aller vite.

1º Entrée d'Yorick insuffisante comme durée et comme accent. Faire entrer un personnage sur le motif de la romance qu'il va chanter, c'est le vieux jeu. Ce n'est pas une idée typique.

2º Oter tous ces accords de fa dièse sous le récit de Paddock. C'est inutile.—Tout le reste du récit est très bon d'intention. Cela ne sort pas assez encore, mais c'est juste; il y a de l'émotion.

3º J'aurais voulu enchaîner:

«D'ailleurs, son souvenir me suivrait en tous lieux» avec la romance. Cette ritournelle refroidit. Voyez la coupure que je vous propose.

4º Le motif de la romance est joli, quoiqu'un peu court. En procédant ainsi par petits fragments de phrases, vous ne pouvez arriver à un véritable effet.—Voyez les longues phrases de Rossini, de Meyerbeer, de Wagner et quelquefois de Gounod. Voyez le duo d'Hamlet: «Doute de la lumière.»—«Celle qui prit ma vie» est d'un accent juste. «Car ma bouche ravie» est meilleur, mais ce qui est réellement bien, c'est «Myrrha, Myrrha!» Il y a là une expression contemplative, naïve, presque enfantine qui est vraie. C'est bon!—J'ai fait dans votre harmonie quelques légers changements que vous approuverez, je crois.