Mon cher ami,
I.—Récit, un peu insignifiant.
De ton âme troublée, bonne phrase, qui paraît être la tête d'un morceau et qui, malheureusement, reste isolée.
Le chœur «Par ses exploits» est trop fanfare de trompettes; vous trouverez cette phrase-là dans Grétry.
«Seigneur Angus». Il y a là, mon cher ami, un morceau nécessaire; morceau court, vif, gai, alerte, comique.—Ce 4 temps languissant ne rend pas l'effet voulu. Tout cela est trop dans le même caractère; cela se suit, s'enchaîne; les plans ne sont pas marqués.
La légende est d'une bonne couleur. C'est intéressant au point de vue musical.
Malheureusement, la fin manque d'effet. Quand je dis effet, je n'entends pas une chute violente, brutale, mais impressionnante.—Les chœurs doivent prendre part à la légende; tous doivent répéter avec terreur: la coupe d'or, la coupe d'or! Il y aurait peu de chose à faire pour que ce morceau-là fût bien.—Maintenant, je ne comprends pas le chœur final finissant piano. Tous ces gens-là crient: Vive Angus!... Le vieux roi n'existe plus pour eux.—Du reste, je suis un peu cause de vos erreurs. Je vous ai engagé dans la deuxième version que je croyais meilleure que l'autre, mais je me suis aperçu que la première était seule possible.—Le «Seigneur Angus, je dirais: Sire» doit précéder l'explosion. Les courtisans sont encore timides; ils font leurs compliments en douceur.—Puis la légende les calme un peu.—Lorsque le roi envoie chercher Paddock, le froid augmente considérablement.—L'attitude de Myrrha vient réchauffer la situation, etc.—Du reste, pour vous convaincre, j'aurais besoin de causer avec vous.—Lorsque vous verrez le morceau que j'ai écrit, vous me comprendrez tout à fait.—En somme, le morceau.....[113] la légende a été bien comprise. Envoyez-moi vite la fin du premier acte.
J'ai lu toutes les Lanternes. Il a eu des choses de premier ordre.—À propos de Marfori: «Ce courtisan, qui s'est trouvé trop harponné par ma dernière Lanterne, et que la marée révolutionnaire a porté sur nos côtes, veut, dit-on, m'envoyer des témoins.—Bravo! Nous nous battrons à l'hameçon!» Une, autre fois: «On annonce que Barnum a perdu un phoque sur lequel il fondait les plus belles espérances.—On lui prête l'intention de remplacer cet animal par M. Marfori. Nul doute que pour une somme rondelette, Marfori ne consente à changer de baquet!»... Quand je vous verrai, je vous raconterai les choses saillantes, dont j'ai retenu sinon la forme, au moins l'idée.—J'ai vu G. qui est allé passer quelques jours en Angleterre. N'en dites rien chez lui.—Il a eu une excellente occasion de voir Londres gratis pro Deo.
On copie ma symphonie. Le copiste de Pasdeloup m'annonce mes parties d'orchestre pour cette semaine.
J'ai terminé les deux premiers actes de la Coupe. Je suis très content.