Août 1870.

Mon cher ami,

J'espère bien que votre santé un peu délicate vous évitera le service actif. Ne négligez rien dans ce but. Ce pauvre G. doit être pris hélas! Je pense que le prix de Rome sauvera Guiraud.—Je rentre à Paris demain matin. La garde nationale sédentaire me réclame.—Eh bien... les 7 300 000 doivent être contents!... Voilà la tranquillité, l'ordre, la paix! Aujourd'hui, il s'agit de sauver le pays! Mais après?...

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Et notre pauvre philosophie, et nos rêves de paix universelle, de fraternité cosmopolite, d'association humaine!... Au lieu de tout cela, des larmes, du sang, des monceaux de chair, des crimes sans nombre, sans fin!

Je ne puis vous dire, mon cher ami, dans quelle tristesse me plongent toutes ces horreurs. Je suis Français, je m'en souviens, mais je ne puis tout à fait oublier que je suis un homme.—Cette guerre coûtera à l'humanité cinq cent mille existences. Quant à la France, elle y laissera tout!...

Écrivez-moi à Paris, mon cher ami, dites-moi votre situation, car nous sommes inquiets de vous.

Votre ami dévoué.

Août 1870.

Mon cher ami,