Cher ami,
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L'élection Vautrain[118] nous laisse espérer un prochain retour de l'Assemblée...
Rien de nouveau.—On m'a écrit hier de l'Opéra-Comique pour la mise en répétitions de Namouna; mais j'ai des exigences qui empêcheront probablement l'affaire d'aboutir.
Mille amitiés de votre tendrement dévoué.
17 juin 1872.
Mon cher ami,
Vous devez m'en vouloir, mais si vous saviez quel hiver écrasant j'ai eu à passer, vous me plaindriez sincèrement.—Mille francs de leçons par mois, Djamileh à faire répéter et à orchestrer, et tous les ennuis ordinaires de la vie de Paris qui dévorent la meilleure partie de l'existence* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *
Djamileh n'est pas un succès. Le poème est vraiment antithéâtral, et ma chanteuse a été au-dessus de toutes mes craintes. Pourtant, je suis extrêmement satisfait du résultat obtenu. La presse a été très intéressante, et jamais opéra-comique en un acte n'a été plus sérieusement, et, je puis le dire, plus passionnément discuté[119]. La rengaine Wagner continue. Reyer (les Débats), Weber (le Temps), Guillemot (Journal de Paris), Joncières (la Liberté) (c'est-à-dire plus de la moitié du tirage de la presse quotidienne) ont été très chauds.—De Saint-Victor, Jouvin, etc., ont été bons en ce sens qu'ils constatent inspiration, talent, etc., le tout gâté par l'influence de Wagner.—Quatre ou cinq folliculaires ont éreinté l'ouvrage; mais les feuilles qu'ils ont à leur disposition ne leur donnent aucune importance.—Ce qui me satisfait plus que l'opinion de tous ces messieurs, c'est la certitude absolue d'avoir trouvé ma voie. Je sais ce que je fais.—On vient de me commander trois actes à l'Opéra-Comique.—Meilhac et Halévy font ma pièce.—Ce sera gai, mais d'une gaieté qui permet le style.—J'ai aussi des projets symphoniques, mais mon baby va me déranger bien agréablement.
Que faites-vous? Comment allez-vous? Écrivez-moi. Je n'ai plus vu G., mais on l'a vu à Djamileh.—Je suis donc rassuré sur son compte* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *