[LA RIVE GAUCHE]

Non moins que la Cité, la rive gauche est riche de souvenirs. C'est là que l'occupation romaine a laissé les traces les plus profondes. On y trouve les arènes de Lutèce, et surtout les Thermes de Julien, sauvés de la destruction par le goût et l'initiative de Du Sommerard, alors que ces ruines grandioses, servant de magasins à des tonneliers, allaient être abattues, entraînant dans leur chute le merveilleux hôtel de Cluny, ce bijou du XVe siècle. Des restes de substructions romaines ont été, tout récemment, signalés par la Commission du Vieux Paris, près du Collège de France, rue Saint-Jacques et boulevard Saint-Michel, mais la gloire de la rive gauche, c'était surtout l'Université et la Sorbonne.

Il en reste peu de choses aujourd'hui, de ces vieux murs, mais, il y a quelque dix ans, la montagne Sainte-Geneviève gardait encore beaucoup du pittoresque de jadis.

Ici la rue Saint-Jacques, avec ses bouquinistes et ses maisons du XVIIe siècle, et surtout—terrible souvenir—la porte aux lourds battants du lycée Louis-le-Grand, où Robespierre, Camille Desmoulins et le futur maréchal Brune avaient fait leurs études sous la direction du bon abbé Berardier. Il était bien noir, bien triste aussi, j'en conviens, le Louis-le-Grand de notre jeunesse avec ses cours verdâtres, ses salles enfumées, ses chambres d'arrêts, perchées sous les toits, où l'on gelait si fort en hiver, et où l'on étouffait si bien en été, ces arrêts où la tradition rapporte que fut enfermé Saint-Huruge; tout près du cul-de-sac Saint-Jacques où des Auvergnats vendaient de si beaux bibelots, et de la petite rue Cujas remplie du bruit—qui nous rendait rêveurs—fait par les étudiants tapageurs.

COLLÈGE LOUIS-LE-GRAND.
H. Saffray, sculp.

Plus loin la Sorbonne, avec sa cour dallée, où nous attendions pâles, fiévreux, anxieux, l'apparition de la petite affiche blanche portant les noms de «ceux de MM. les aspirants au baccalauréat admis à subir leurs épreuves orales», et l'on mourait de peur à l'idée de comparoir devant le terrible M. Bernès, comme on bénissait les dieux d'avoir pour examinateur l'indulgent et spirituel M. Mézières, qui, lui du moins, n'a pas vieilli.

COUR INTÉRIEURE DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE.
Eau-forte de Martial.

A quelques mètres, derrière Sainte-Barbe, se rencontre la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, si vivante, si grouillante avec ses vieux hôtels convertis en dispensaires ou en locaux industriels, ses petits métiers, ses bals-musette et enfin sa célèbre École polytechnique, chère à tous les Parisiens, et qui met dans ce quartier un peu sombre sa note de joyeuse gaieté.