PLACE DE LA CONCORDE.
D'après une sépia du XVIIIe siècle.

«Et je n'ai pas trouvé cela si ridicule.»

a dit Coppée.

Par la rue Royale gagnons les Champs-Élysées, après nous être arrêtés un moment devant la cité Berryer, passage étrange où s'élevait autrefois l'hôtel des Mousquetaires du Roi. C'est une sorte de marché pauvre perdu dans ce riche quartier.

Place de la Concorde: la plus belle place qu'il y ait au monde, avec ses perspectives incomparables des Champs-Élysées, de la Seine, des Tuileries, du Garde-Meuble, de l'hôtel Crillon et du logis charmant de Grimod de la Reynière, aujourd'hui Cercle de l'Union artistique, à l'angle de la rue de «la Bonne-Morue»—aujourd'hui rue Boissy-d'Anglas—devant laquelle s'élevait encore, jusque sous le Second Empire, un des pavillons d'angle construits par Gabriel. Que de souvenirs: l'érection de la statue de Louis XV, les fêtes données en l'honneur du mariage du Dauphin et de Marie-Antoinette, si tragiquement terminées par l'écrasement, dans les fossés, de la foule attirée par le feu d'artifice, première cause de haine contre «l'Autrichienne»; les revues des gardes suisses, les charges de Lambesc, les ruées du peuple sur le pont tournant, les grilles forcées, les fossés franchis, et puis le sinistre échafaud, fumant devant la statue de la Liberté, et les conventionnels terrifiés, s'arrêtant avant d'entrer dans leur salle des séances et venant regarder de près cette mort qui, chaque jour, est suspendue sur eux. «Hier, me rendant à l'Assemblée avec Pénières, écrit Dulaure dans ses Mémoires, nous aperçûmes en passant sur la place de la Révolution, les préparatifs d'une exécution. «Arrêtons-nous, me dit mon collègue, accoutumons-nous à ce spectacle. Peut-être aurons-nous bientôt besoin de signaler notre courage en montant de sang-froid sur cet échafaud. Familiarisons-nous avec ce supplice.»

ENTRÉE DES TUILERIES PAR LE PONT TOURNANT EN 1788.
Aquarelle originale du XVIIIe siècle. Musée Carnavalet.

PAVILLON D'ANGLE DE LA PLACE LOUIS XV
Au coin de la rue de la Bonne-Morue, vers 1850 (aujourd'hui rue Boissy-d'Anglas).
Eau-forte de Martial.