Ou sont les princes de jadis
Qui furent tant vaillans d'espee
La royne semiramis
La renommee thamaris
Certes toute la plus doubtee
Et la belle panthasilee
A eu dolente deppartie
Et dure mort a sa partie

Et la mere du treshault roy
Olimpias noble royne
Elle mourut par desarroy
La plus dolente que je voy
Fors l'empereris agappine
Que son filz pour veoir le signe
Et le lieu ou il fut porté
La fist ouvrir qui fut pité

La bonne royne heccuba
Femme du noble roy priam
Laquelle vit et regarda
Que mort tout le lien luy osta
Qu'elle n'eust riens de demourant
Elle choisit troye brullant
Avant le temps de son termine
Et puis elle devint vermine

Ou est de helene la beaulté
Sur toutes aultres non pareille
Ou est l'onneur et la chierté
De lucresse et sa chasteté
Dequoy ung chescun s'esmerveille
Eureux est celluy qui y veille
Et qui congnoist qui fault fuyr
Helas nous ne povons fuyr

Nous ne povons fuyr helas
Ne recouvrer le temps passé
Celluy est bien chetif et las
Qui ne craint le doloureux las
De l'esperit qui fut dampné
Et par orgueil fut enversé
Et tous les siens du ciel lassus
Nous devons bien penser lassus

Quant ceulx si noblement creez
Et en leur beaulté tant louable
Furent pour jamais condampnez
Et soubdainement transmuez
Quant d'anges ilz devindrent diables
Et par leur orgueil espoventables
En supplice eternellement
Et douleur sans amandement

Gardons nous doncques du peché
Qui est tant a dieu desplaisant
Se nous en sommes entaché
Faisons qu'il soit desambuché
Voyans dont nous venons naissant
Et que nous sommes en mourant
Et apres que nous serons mors
Ce nous sera humble remors

Prenons doncques humilité
Et laissons ce peché d'orgueil
Pensons a nostre humanité
Voyons bien nostre pouvreté
Et nostre cueur en aura dueil
Souspirons tous et pleurons d'ueil
Contemplant nostre pouvre vie
Saige est celluy qui pou s'y fie

Ayons fiance au createur
Qui pour nous la mort endura
En telle amertume et douleur
Que la pensant dedans son cueur
Habondance de sang sua
Le pouvre pecheur que fera
Quant son dieu tant doubta la mort
Il a mestier de son confort

Si fault avoir celle souffrance
Et tresamere passion
Et l'eure de sa doleance
En doloureuse remambrance
Affin qu'elle soit champion
Et piteuse compassion
Contre sathan et son malice
Il ne nous est rien plus propice