Quant nous cuidons estre bien hault
Bien subitement descheons
Il ne nous fault guere d'assault
Ung petit de froit ou de chault
Nous fait avoir les tranchoisons
Ou les musles a noz talons
Ou tout subitement mourir
Sans regarder n'avoir loisir
De ceulx que tu vis en jeunesse
En ton aage premierain
Se tu vis jusques en vieillesse
Tu trouveras que mort ne laisse
Ne vieil ne jeune ne mondain
Ung en santé mourra demain
Tu en vois souvent et assés
Plus de mors que de demourer
Regarde ou sont allés noz peres
Qui ont eu vie comme nous
Noz parens et aussy noz freres
Ils nous ont laissés ces miseres
Esquelles nous sommes trestous
Ce monde qui nous samble doulx
Nous est amer c'est verité
Et decepvant et toust passé
Car c'est ung passaige de mort
Doloureux et tantoust failly
Tu n'as donjons chasteaulx sy fort
Qui te puisse garder au fort
Que tu ne soies assailly
Tu auras bien de loing failly
Quant ton esperit s'en yra
Et ton corps cendre deviendra
C'est grand folye de parer
Ce qui sera viande aux vers
Ce que mestz paine d'amasser
Il te fauldra tantost laisser
Et prandre habillemens divers
Tu ne auras pour tes blefz vers
Que ta dolante sepulture
Et ta puante pourriture
O jouvence de belle dame
Et que dictes vous a ce point
Cuydés vous la mort sy infame
Qu'elle voulsist avoir ce blasme
De vous assaillir en ce point
Certes vous n'y avez ung point
Plus d'avantaige q'ung porchier
Et vous haye qui vouldra chier
Il fault laisser voz haulx actours
Et voz robbes a longue queue
Et vous fault alier les tours
Que vous aprandrés a ces cours
Au temps que vous faictes la reue
Vostre frescheur deviendra bleue
Vostre regard fera horreur
Mesmes a vostre serviteur
A noble arroy de chevalier
Qui est assez de t'assaillir
Tu es oultre mesure fier
Quant tu es dessus ton courcier
Chescun veult devant toy fremir
Toy qui fais les aultres cremir
Tu demourras abhominable
Ce monde n'est point perdurable
Vous vous estes vestus de court
Gentilz hommes du temps present
Pensés que vous le ferés court
Ne vous ne savez tour de court
Qui y sceust mectre empeschement
La beaulté de vostre jouvent
Ne vous aydera pas tousjours
Vous finerés doulent voz jours
Damps abbé ne sera laissé
Avec la dame de ses biens
S'il est estuvé ne baigné
Il sera en terre plongé
Et ne sera son corps que fiens
Nostre vie ne dure riens
Que pour avoir dueil en la fin
Dieu scet qui est bon pellerin