L’audience était levée. Lentement le personnel s’écoula, répandu à nouveau par le salon d’attente. Et c’est alors qu’il fallut voir Bourdon !… Ce fut vraiment un beau spectacle. Rires sonores, énergiques shake hands, galopades de jeune poulain à travers les épaisses luzernes du pâturage ! « Ah ! mon cher, félicitations !… Compliments sincères, Sainthomme !… Van der Hogen… la vieille amitié qui nous lie…, permettez que je vous embrasse, hein ?… Messieurs, une journée mémorable !… »
— Ah çà ! Il est saoul ! se dit Lahrier, qui s’égayait à le voir faire.
Il l’était en effet, le pauvre homme, et à tomber ! grisé de l’alcool des joies trop brusques. La fièvre s’éveillait en lui, des gens qui l’ont échappé belle et entrevoient des éternités de vie pour avoir coudoyé la mort d’un peu près. Et déjà des projets d’avenir se formulaient, quasi précis, sous son crâne plus poli que l’ivoire ; des plans d’admirables réformes, dont le besoin, on n’en doute pas, se faisait impérieusement sentir.
Citons :
réductions opérées en grand, sur le papier, le pétrole, la ficelle ;
substitution de la tourbe au coke, reconnu procédé de chauffage ruineux ;
suppression de l’essuie-main accordé chaque semaine à chaque employé par la munificence administrative (du coup, 75 francs de blanchissage par an, rayés des frais de la maison !…) ;
toutes choses sagement pensées, faites pour alléger dans de notables proportions l’écrasant budget de l’État et graver le nom de Bourdon, à jamais, au livre d’or de la Direction des Dons et Legs.