Cette fois, ce fut un délice.

Chassant d’une poussée de l’épaule la porte de la pièce où travaillait Sainthomme la face en sueur, les coudes en travers de la table :

— Eh ! Sainthomme !… Bonjour.

— Tiens, c’est vous !

— Oui, et avec du neuf, mon cher.

Il avait forgé une histoire admirable, un fourbi de secrètes accointances avec un mystérieux monsieur que sa discrétion naturelle lui interdisait de citer, mais qui, très haut placé dans la bonne grâce présidentielle, semait à son bon plaisir des mannes de rubans violets… En sorte que, depuis deux ans, il cultivait en les alimentant les convoitises de son collègue, ayant toujours, à la disposition de cette brute, des piles de dossiers amassés et des cliquetis argentins de palmes académiques.

A la révélation qu’il y avait du « neuf », Sainthomme se roidit contre une défaillance ; mais quelque fût sa volonté à masquer pudiquement son trouble, un hoquet d’émotion coupa en deux morceaux le « Entrez donc » qu’il jetait à Lahrier. Celui-ci, dont on voyait juste la figure et le haut de l’épaule engagé dans l’entrebâillement de la porte, se faisait fort tirer l’oreille. Il jouait le monsieur débordé de besogne, qui repassera une autre fois n’ayant pas le temps de flâner. Enfin, sur de nouvelles instances, il dit qu’il voulait bien entrer une seconde.

— Une seconde, mon vieux, pas plus, parce que, vous savez, j’ai à faire.

— Eh oui ! eh oui !

Il entra donc, pliant sous le poids des dossiers qu’il maintenait de son bras sur sa hanche et dont il se hâta de caler, à la moleskine d’une chaise, la pile énorme et vacillante. Mais déjà Sainthomme s’en était emparé, et, pendant que l’autre, bon apôtre, mimait la stupéfaction, interrogeait, l’air bête : « Qu’est-ce que vous faites là ? » il l’allait enfouir sans mot dire, en les enfoncements d’un placard qu’ensuite il refermait à clé.