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« … C’est rue Vaneau, mon Mimi ; au 7 bis. Tu reconnaîtras la maison facilement : il y a un drapeau au-dessus de la porte. Inutile de me demander au concierge, que je soupçonne de faire le mouchard. Monte directement. C’est le premier escalier à gauche, sous le porche. Quatrième palier, bureau 12… »
Là-dessus il partit, se réservant de voir venir les événements. Un seul dessein, en son esprit, se formulait avec netteté : exaspérer le père Soupe par le procédé habituel, le faire mousser peu à peu, jusqu’à ce que, l’ayant poussé à bout, il eût enfin obtenu de lui la libre jouissance du bureau ; mais la surprise, vraiment inattendue, qui accueillit son arrivée, lui simplifia, au delà de toute espérance, la réalisation de cet ingénieux projet.
Est-ce que le père Soupe, ce jour-là (à cent lieues de soupçonner l’arrivée prématurée de son collègue), n’avait pas inventé de se laver les pieds ? et ce dans la cuvette commune ?
Parfaitement ! Assis sur une chaise, adossé au tuyau d’aération des lieux qui traversait la pièce dans toute sa hauteur, il raclait ses jambes velues et empoissées de savon noir, ses genoux cabossés en flancs de vieille casserole et que les replis de la culotte coiffaient d’un double turban.
A la vue de Lahrier, il changea de couleur :
— Vous !… Comment, c’est vous !… à c’t’heure-ci !…
Tel était son ébahissement qu’il en restait plié en deux, les mains entrées jusqu’aux poignets dans l’eau nuageuse de son bain.
— Eh ben ! vrai, alors, c’est du propre ! déclara Lahrier qui fit halte sur place ; voilà maintenant que vous vous lavez les pieds ici ! Est-ce que vous perdez la tête ? Vous ne pouviez pas choisir un autre endroit pour y aller faire vos ordures ?
— Mes ordures ! dit Soupe ; mes ordures !
— Oui, vos ordures ! C’est ragoûtant, peut-être, ce que vous faites là ! et puis j’irai me laver les mains là-dedans, moi, après ? Que diable, on s’enferme chez soi quand on veut se mettre la crasse à l’air, et vous n’êtes pas chez vous, ici.