— Et vous, dit Lahrier, vous êtes un vieux cochon.

— Malappris, grossier personnage !

— Ah ! pas d’insolence, je vous prie. Je suis poli avec vous, moi.

— Poli !…

A cette profession de foi extravagante, le pauvre homme demeura sans armes, avec seulement un lent regard, qui monta au plafond, navré et pitoyable.

— Poli !…

Il se tut toutefois, il tenta de l’apaisement, se sentant enferré dans ses torts, jusqu’au cou. Justement, de la pièce voisine, Letondu intervenait, cognant au mur à coups d’haltères et hurlant : « Gloire à la vieillesse ! Honneur au respectable Soupe ! Celui qui n’a pas le respect des cheveux blancs se ravale au rang de la bête ! » en sorte que Soupe jouait l’effroi, exhortait Lahrier au silence, par une mimique compliquée, des deux bras. Mais Lahrier se moquait un peu de Letondu : il tenait la scène à faire et ne l’eût pas lâchée pour beaucoup d’argent. Or, voici que de ses yeux, machinalement promenés, il aperçut les chaussures du vieux, posées côte à côte sur la table et y bâillant à l’air libre, dans un éparpillement confus de paperasses administratives.

Alors tout fut bien.

Il cria :

— Et allons donc ! les godillots sur la table ! c’est le bouquet !