— Non, vrai, Gabrielle, déclara-t-il tout à coup, c’est épatant ce que tu es chic, aujourd’hui.

— Est-ce que tu n’es pas un peu fou ? demanda Gabrielle qui riait, ne l’ayant jamais vu si tendre.

Elle lui avait abandonné ses mains, qu’il baisait avec une belle fougue. C’était deux toutes petites pattes, aux ongles légèrement saillis sous la peau tendue des gants. Ceux-ci, blonds aussi, se brisaient aux poignets, en un double bracelet de petites couleurs engourdies, puis empiétaient sur les manches, à mi-bras, gonflés de chair robuste et jeune. René Lahrier, très éveillé, baisa et mordilla longuement l’un après l’autre les petits doigts, point trop indignés, de son amie. Cependant, un moment vint où il dut aller un peu loin, car la jeune femme, soudain, fut debout, et, avec cette sévérité qui à la fois rappelle à l’ordre et se tient à quatre pour garder son sérieux :

— Non, pardon ! ne t’emporte pas !… Un peu de calme, s’il te plaît.

Mais lui objecta : « Gabrielle !… » si doucement, si gentiment, qu’elle dut désarmer, vaincue, conquise à l’infini de câlinerie puérile dont ce simple mot débordait. Ils se baisèrent aux lèvres, sans bruit, entre leurs mains qui s’étaient jointes, paume à paume et les ongles hauts.

— Chéri !

— Chérie !

Les mots ne furent pas, ou furent si peu ! La confusion de deux souffles, rien de plus…

Devant l’avidité gloutonne de la bouche qui pressait la sienne, Gabrielle, pourtant, avait fui. Le buste en arrière maintenant, les cuisses coupées à l’arête vive de la table dont la dureté la blessait à travers l’empesé de ses jupes, elle tâchait à se dérober, charmée et affreusement inquiète, sans force pour ravir ses dents au baiser de ce gentil garçon qu’elle sentait, si vivant contre elle, la respirer comme une fleur, et défaillante à l’idée que quelqu’un pouvait entrer.

— Mais oui je t’aime !… mais oui je t’aime, tu le sais bien.