— Sortez, fit-il.

— Mais…

— Plus un mot ! Sortez, vous dis-je ; allons, oust ! hors d’ici ! quittez ce lieu que vous déshonorez de votre ignoble présence !

Le chef, éperdu, obéit. Sur son importance prudhommesque de tout à l’heure, ce coup de théâtre inattendu avait opéré instantanément, à la manière d’un acide sur la teinture de tournesol. Jusqu’au soir, de bureau en bureau, il fut colporter la nouvelle :

— Je vous demande pardon, je vous dérange, mais ce qui vient de m’arriver est tellement extraordinaire…

Et sa voix coupée de hoquets, son feu à décliner toute provocation, ses protestations de douceur, d’aménité bien connue, de sociabilité et autres, disaient le trac formidable qui lui étreignait la gorge, son avidité de sympathies, de protections étroitement groupées autour de sa personne menacée et chétive.

— Croyez-vous ! hein ? Croyez-vous !… Oh ! il n’y a plus à s’y tromper : la présence de M. Letondu est un péril pour chacun de nous…

Les employés se grisaient du récit, prodigieusement intéressés. Tombé dans le train-train monotone de ces messieurs, l’événement prenait d’énormes proportions ; il emplissait de fièvre la maison, la jetait à l’agitation d’un trou de province qu’a traversé le matin un régiment de cavalerie. Au fond, la perspective d’un chiquage possible entre Letondu et de La Hourmerie déchaînait de sournoises jouissances. C’était comme une lueur de gaîté à l’horizon des mornes journées de bureau.

II

La lucarne du coucou évolua hors de son cadre, comme sous la poussée d’une chiquenaude, et l’oiseau se montra un instant, le temps d’exécuter une courbette courtoise en chantant l’heure qu’il était.