Combien il eut mieux valu, pourtant, ne pas se laisser aveugler par la rancune, et voir les choses telles qu'elles sont.

Mais, vous n'avez donc jamais assisté, M. Descaves, au défilé prestigieux de nos braves troupiers, à Longchamps, le 14 juillet?

Le colonel en avant, précédé des tambours et des clairons, les capitaines à la tête de leurs compagnies, nos braves sous-officiers en serre-file, les régiments, sous les plis claquants du drapeau qui semble rire à la victoire, aux mâles accents de la Marseillaise, défilent devant les représentants de la Patrie!

Si vous aviez assisté à ce spectacle grandiose, M. Descaves, vous auriez appris, à l'allure martiale, à la belle tenue, à la santé radieuse, à l'héroïque gaîté de nos soldats qu'il ne peut y avoir place dans leurs rangs pour toutes les plaies honteuses que vous avez voulu nous y montrer!

Et puis, prenez y garde, M. Descaves. En accusant les mœurs de l'armée, en taxant d'immoralité ceux qui sont ses véritables instructeurs, vous jetez l'injure à la France tout entière.

L'uniforme, tout le monde le porte, aujourd'hui. Les galons, ils sont l'apanage des plus dévoués et des plus dignes; tous peuvent y prétendre; et c'est maintenant surtout, que tout soldat porte dans sa giberne le bâton de maréchal!

L'armée n'est plus une caste; c'est l'incarnation du Peuple. Le fossé qui séparait autrefois l'élément militaire de l'élément civil n'existe plus.

Ce fossé, la redingote de M. de Freycinet l'a comblé!


Admettre la corruption de l'armée, c'est croire à la corruption de la nation elle-même. Accuser les sous-officiers de vol et de concussion, c'est accuser tous ces modestes travailleurs qui, dans nos administrations, tant privées que publiques, dans nos usines, dans nos ateliers, sont les plus intelligents et les plus dévoués auxiliaires de cette prospérité dont notre immortelle Exposition a donné un éclatant témoignage.