Vous êtes là pour répondre, noble pléïade de Françaises, héroïnes modestes, toutes cantinières, qui avez reçu la croix de la Légion d'honneur: Veuve Perrot décorée en Afrique; Annette Drevon, décorée en 1859, pour action d'éclat sur le champ de bataille de Magenta, où vous avez sauvé le drapeau du deuxième zouaves; Perrine Cros, du bataillon de chasseurs à pieds de la garde impériale, blessée à Palestro et à Magenta; Jeanne Bonnemère, du 21e régiment d'infanterie, médaillée en 1870, pour avoir avalé une dépêche au moment où les Prussiens s'emparaient de vous!
Si toutes les femmes de sous-officiers ne sont pas arrivées à votre gloire, du moins donnent-elles dans leur ménage l'exemple de toutes les vertus civiques, qui sont l'apanage de la Française.
Celles-ci, lorsque leurs maris, ayant quitté l'armée, occupent une de ces places accordées si libéralement par l'Etat à ses anciens serviteurs; celles-là apportent dans la vie civile l'exemple de toutes les qualités militaires. Elles nous préparent une génération forte et saine, ornement de nos sociétés de gymnastique et de nos orphéons; et le jour venu, elles n'hésiteraient pas, comme les mères Spartiates, à envoyer leurs fils au combat. Elles leur mettraient elles-mêmes dans la main l'arme vengeresse, en criant, sans pâlir:
—Voilà le sabre de ton père!
Il est temps de conclure.
Que reste-t-il de l'œuvre de M. Descaves?
Dans l'opinion publique, elle est jugée. Ce n'est pas seulement un mauvais livre, c'est une mauvaise action. Les esprits, un instant troublés par l'audace des attaques contre notre armée, se sont heureusement rassérénés. Le peuple français tout entier sait qu'il peut avoir confiance dans ses défenseurs, et les familles, lorsque leurs enfants quittent le foyer pour aller payer l'impôt du sang, les confient joyeusement à la Caserne, comme à une école de dévouement et d'honneur.
La tentative anti-patriotique de M. Descaves a échoué. Il n'a plus, maintenant, devant le flot unanime des réprobations, qu'à courber la tête comme un coupable démasqué.
S'il lui reste au fond du cœur quelque chose de ce qui constitue un Français, il doit faire d'amères réflexions.