L'éminent écrivain, à qui nous empruntons ces lignes, a dû se borner, dans un article de journal, à montrer l'exagération cynique des reproches adressés aux mœurs des sous-officiers. Il a montré ce qu'ils ne sont pas, nous allons faire voir ce qu'ils sont.
Qui n'a pas vu, par un radieux matin de printemps, par une belle après-midi d'été, par un beau ciel d'automne clair et rose, le pays et la payse, ce couple légendaire, s'avancer à pas lents, côte à côte, pleins d'affectueux respects mutuels, et chuchotant, avec une passion contenue, des mots d'amour?—Vision attendrissante que l'un de nos poëtes militaires les plus distingués rendait en ces vers mâles et vigoureux, où il rappelle ses modestes plaisirs hors de la caserne:
Le soir tombait, un soir équivoque d'automne
Les bonnes se pendant rêveuses à nos bras,
Dirent alors des mots si spéciaux, tout bas,
Que notre âme depuis ce temps tremble et s'étonne.
Et ce sont ces gens là qui ne connaîtraient d'autre distraction que les plaisirs malsains des maisons de débauche, dont ils mettraient les filles en coupe réglées!
Ce n'est pas à dire, certes—et M. Edmond Lepelletier en a fait la judicieuse remarque—qu'on ne voie jamais la capote à galons étalée sur des canapés suspects. Mais, si certains civils mettaient un peu plus de discrétion dans les invitations qu'ils adressent à nos sous-officiers, de pareils faits n'auraient guère d'exemple.
D'ailleurs, une chute n'est jamais irrémédiable. Si bas qu'on soit entraîné, on peut toujours s'arracher à l'influence néfaste des mauvais conseils et rentrer dans le chemin du devoir et de l'honneur.
Nous n'en voulons pour témoin que cette citation d'un beau livre de C.-J. Lecour, la Prostitution à Paris et à Londres: «Le tragique, c'est ce militaire qui, en 48, entré pendant la nuit dans un lieu de débauche, se réveillait le lendemain dans les bras de sa sœur.»
L'auteur ne nous donne pas la suite de cet épouvantable récit, mais d'autres la connaissent. Le militaire, devenu sous-officier, sut faire des économies pour payer les dettes de sa sœur et l'arracher à l'infamie. Il la maria à un de ses collègues. Elle fut bonne épouse et bonne mère.
Nous n'avons pas parlé jusqu'ici du mariage des sous-officiers. C'est un sujet que M. Descaves a traité avec son venin habituel. Il n'a pas hésité à nous montrer le cantinier du régiment qu'il met en scène, marié avec une coquine de bas étage, dont la seule préoccupation est de le tromper.