--Pourquoi faire, monsieur Jean?
--Pour l'emporter.
--L'emporter où?
--Eh! parbleu! l'emporter, l'enfermer.....
--Est-ce que vous êtes fou, monsieur Jean?
--Ah! oui, on est fou, n'est-ce pas? parce qu'on ne veut pas vous laisser de couteaux pointus sous la main? parce qu'on veut vous empêcher de tuer les Prussiens? nous le savons bien, allez! que vous voulez en tuer un. Mais nous vous en empêcherons.
Catherine me regarde avec pitié. Elle lève les épaules et me prend par le bras.
--Vous n'empêcherez rien du tout. Je ferai ce qui me plaira. Est-ce que je risque autre chose que ma peau, par hasard? hein? Qu'est-ce qu'ils me racontaient donc, vos parents, vos M. Legros, vos Mme Arnal, l'autre jour? Hein? La vengeance, le patriotisme! Hein? savez-vous que j'ai du sang dans les veines, hein? est-ce que vous-croyez que je peux me retenir, Hein? quand je vois ces brigands de Prussiens?
Elle me secoue comme un prunier, me poussant devant elle à chaque interrogation. Elle a fini par me coller à la porte vitrée dont je vais casser les carreaux avec mes épaules. Mais tout d'un coup, la porte s'ouvre, je manque de tomber et mon père paraît derrière moi. Il est tout vert de rage.
--Catherine!... j'ai entendu ce que vous venez de dire à cet enfant... C'est moi qui l'avais envoyé chercher les couteaux... pour vous empêcher de commettre un crime, malheureuse!... Avez-vous songé aux conséquences de vos actions? Savez-vous qu'on nous fusillerait tous, tous, jusqu'au dernier?... Ah! vous ne pouvez pas vous retenir?..... Vous ne pouvez pas! Je peux bien, moi!... Eh bien! vous allez monter dans votre chambre, tout de suite!... Je vais vous y enfermer à clef... jusqu'à ce que j'aie pris une détermination...