Le vieux blêmit affreusement.

--Les Prussiens qui tirent... qui font des exercices de tir... Le matin... c'est leur habitude... le matin......

Ses dents claquent.

XV

Mon père est depuis quelques jours d'une humeur massacrante. La guerre s'éternise, les Prussiens resserrent de plus en plus le cercle qui entoure Paris et le siège de la capitale, qui semble disposée à se bien défendre, peut traîner en longueur. Ça ne fait pas marcher les affaires, tout ça, au contraire.

Depuis le 15 septembre, le travail est interrompu au chantier et mon père se plaint du matin au soir d'être obligé de rester les bras croisés et de ne pas gagner un sou. Ma soeur essaye parfois de lui remonter le moral en lui parlant des recettes que doit effectuer le chantier de Paris. Il est vrai que nous n'en savons rien, que le gérant qui le dirige ne peut correspondre avec nous, mais il doit faire des affaires, que diable! Dans une ville assiégée, on a besoin de matériaux, de planches pour construire des baraques, d'une foule de choses en bois--toujours en bois.--Mon continue à se désoler.

--Si au moins, dit-il, je pouvais avoir une lettre du gérant! Est-ce bête, la guerre! Comme ça gênerait les belligérants, hein? de laisser passer les lettres? les lettres de commerce?... Et puis, tu as beau dire, si les affaires marchaient si bien à Paris, le gérant aurait trouvé moyen de me le faire savoir...

--Mais, comment, papa?

--N'importe comment... Pas de nouvelles, mauvaises nouvelles.

Mon père se monte. La colère le fait déraisonner. C'est à qui, parmi nos amis et connaissances, entreprendra de le sermonner. Mais M. Beaudrain et les époux Legros échouent complètement dans leurs tentatives et Mme Arnal n'obtient que de très minces résultats. Quant au père Merlin, il prétend qu'un peuple qui a déclaré la guerre à un autre peuple et qui n'a pas le dessus, doit savoir accepter tous les sacrifices.