--Oui... Oui...

On me conduit à la chambre qu'on m'a préparée, une chambre du premier étage, tout au bout du Pavillon. D'habitude, je couchais au rez-de-chaussée, dans une chambre contiguë à celle de ma tante.

--C'est moi qui couche là maintenant, me dit Justine. C'est tout à côté de madame. Si elle a besoin de quelque chose, la nuit...

Je suis exténué, j'ai la tête en feu. Je m'endors d'un sommeil lourd. Je fais un rêve étrange, dans lequel je vois passer le paysan que les Prussiens escortaient--celui qu'on a fusillé, dans le pré;--j'assiste à son exécution; et, immédiatement après le bruit déchirant du feu de peloton, il me semble pendant longtemps, oh! longtemps, entendre des cris affreux, des hurlements, un vacarme épouvantable... Puis, le bruit s'apaise... et je me vois, fuyant à Versailles, à travers le bois et poursuivi par mon grand-père qui, pour me saisir étend des mains toutes rouges...


J'entends une clef grincer dans la serrure. Je me réveille en sursaut, terrifié, couvert de sueur. C'est Justine qui entre.

--Monsieur Jean, habillez-vous vite... Il est sept heures... Et votre tante... votre pauvre tante...

Une idée me traverse le cerveau. Je me dresse sur mon séant.

--Morte?

--Non... non... mais...