--Alors, il faut emmener ma tante, la porter dans sa chambre...
--Mais ça la distrait, ça, monsieur Jean!
--Il faut l'emmener dans sa chambre! Entendez-vous? Tout de suite!
--C'est bon, monsieur Jean, c'est bon, ne vous fâchez pas. Si vous y tenez...
Justine appelle la cuisinière--une paysanne des environs--et, à nous trois, nous transportons la pauvre vieille dans sa chambre. Elle ouvre les yeux en route, me regarde, mais ne prononce pas une parole.
--Là, dit Justine. Je vais la déshabiller et l'aider à se coucher. Allez donc dîner, monsieur Jean. Votre dîner est servi, en bas, dans la salle à manger. J'attends que vous soyez parti pour déshabiller madame.
Je descends. Je dîne en deux bouchées et je demande à remonter auprès de ma tante.
--Elle dort, déclare la femme de chambre. Le médecin a défendu de la déranger. Vous la verrez demain matin, monsieur Jean. Ah! cette pauvre madame! Elle est bien malade, voyez-vous. Nous faisons ce que nous pouvons, pourtant... Quelquefois, il y a du mieux. Ainsi, depuis deux jours elle se lève. C'est déjà quelque chose, puisque dernièrement elle est restée quatre jours couchée. Cette fois-là nous avons bien cru que c'était fini....
Justine parle longtemps. Je finis par ne plus l'entendre. Je ne comprends plus. Je n'ai plus d'idées. Il me semble qu'on m'a coulé du plomb dans le cerveau.
--Voulez-vous vous coucher, monsieur Jean?