Rage, rage, rage,
Tu mangeras du cirage...
Jules a dîné avec nous, naturellement.
--Hein! Ça fait plaisir, de manger du pain blanc! lui dit mon père.
Et la viande fraîche, et les légumes verts, voilà ce qui lui fait plaisir! Ce qui devrait lui fait plaisir, tout au moins. Mais Jules ne connaît pas son bonheur. Il n'a pas l'air très joyeux. Souffre-t-il du peu de sympathie que nous semblons lui témoigner, de notre manque de démonstrations amicales, de laisser-aller? Le plaisir de manger du pain blanc ne lui suffit-il pas? Le fait est que, malgré ses efforts pour paraître gai, il est morose.
--J'aurais dû vous prévenir de mon arrivée, dit-il à la fin du repas. Quand on n'attend pas les gens, on est tellement surpris...
--Oui, oui, dit Louise. L'émotion, le plaisir...
--Mais que voulez-vous? Les communications sont encore si difficiles! Et, à vrai dire, je n'y ai même pas pensé. J'avais si grande envie de vous voir...
Jules est parti le lendemain matin. Son sauf-conduit n'était valable que pour quarante-huit heures, jours d'arrivée et de départ compris. Nous l'avons accompagné jusqu'à la porte de la ville. Louise, en le quittant, s'est contentée de lui tendre la main. Il avait l'air très triste.