--Espérons que nous nous reverrons avant peu, a dit mon père. Tout fait présumer que les hostilités ne seront pas reprises et qu'on va signer la paix.
--C'est plus que probable, a répondu Jules. Aussi, à bientôt.
Il est probable, en effet, que la paix va être signée. En attendant, l'article 2 de la convention conclue entre Jules Favre et Bismarck rend la France à elle-même. Les élections ont lieu sous la direction du maire de Versailles chargé des fonctions du préfet. Le département de Seine-et-Oise a élu Thiers, Jules Favre et Gambetta. Mon père a voté pour Jules Favre.
Il ne sait pas pourquoi.
M. Legros a voté pour Thiers et il sait pourquoi. C'est pour pouvoir faire un calembour. Le marchand de vins du coin a voté pour Gambetta et M. Legros répète toute la journée, en riant:
--Les marchands de vin aiment Gambetta et les marchands de tabac, Thiers.
L'assemblée ainsi élue doit discuter les préliminaires de la paix. Pour baser la demande d'indemnité qu'ils doivent présenter à la France, les Prussiens font le calcul des dépenses auxquelles ils ont été entraînés pour soutenir la guerre. Ils y ajoutent le montant des contributions et réquisitions de toute nature dont l'Allemagne a été victime, de 1792 à 1815.
--Le compte de la Prusse seule, m'a dit le père Merlin, s'élève à six milliards.