XXV

En descendant dans la salle à manger, à huit heures, Louise et moi, pour le déjeuner du matin, nous trouvons notre père qui semble nous attendre en se promenant de long en large. Son chapeau et sa canne sont posés sur la table.

--Mes enfants, nous dit-il, j'ai une triste nouvelle à vous apprendre. Votre grand-père est mort.

--Grand-papa Toussaint! s'écrie Louise. Ah! mon Dieu! quel malheur! Quel épouvantable malheur!

Une foule d'exclamations qu'elle glapit, avec des gestes de désespoir. Mais l'accent est faux, le geste exagéré; les inflexions brusques de l'intonation, les soupirs, les contorsions du visage, tout est contrefait, dissonant; et l'agitation outrée qu'affecte ma soeur achève de défigurer le peu d'émotion qu'elle a pu ressentir. La voix de mon père était plus franche. L'effroi que la mort apporte avec elle en assombrissait le ton, mais il ne la mouillait pas, au moins, avec les larmes hypocrites d'un désespoir factice.

--J'ai appris cette nouvelle, continue mon père, hier au soir, vers dix heures, lorsque vous étiez déjà couchés. Je n'ai pas voulu vous en faire part sur-le-champ. Vous n'auriez sans doute pas pu dormir de la nuit...

--Oh! non... oh! non... murmure Louise en sanglotant.

--Votre grand-père est mort hier, subitement, d'un coup de sang, à sept heures et demie, après son dîner. Je vais aller à Moussy tout de suite...


Mais Mme de Folbert et son fils font leur entrée, et il faut recommencer pour eux le récit de la mort du grand-père. Ils paraissent profondément affectés. Mme de Folbert déclare que c'est un malheur irréparable.