--Pour les petits-enfants, voyez-vous, rien ne remplace les grands-parents.

C'est aussi l'avis de Louise, car elle continue, dans son coin, à pousser de longs soupirs entrecoupés de sanglots.

Tout d'un coup, je vois M. de Folbert, qui n'a rien dit jusqu'ici et qui s'est contenté de secouer la tête de droite à gauche, se lever avec précaution et s'approcher à petits pas de la chaise de ma soeur. Il bredouille, tout en avançant, des paroles inintelligibles. Pourtant, en prêtant l'oreille, on perçoit des bouts de phrases:

--C'est une grande... immense douleur, pour vous, mademoiselle... J'en prends ma part, veuillez me faire l'honneur de le croire... Et si je pouvais, si... j'osais espérer... s'il m'était permis... si j'étais assez heureux pour voir des liens plus sérieux... non, plus solides... non... oui, plus solides que ceux d'une simple amitié... unir nos deux familles en la... nos deux familles si honorables... mademoiselle...

Il tend la main, il l'avance, timidement, prudemment, d'un centimètre par seconde. Louise se lève, tamponne ses yeux une dernière fois et, avec un énorme soupir, les yeux au plafond, elle met sa main dans celle du chef de bureau.

Nous nous sommes levés, nous aussi. Et Mme de Folbert s'écrie en étendant les bras comme pour s'assurer qu'il ne pleut pas:

--Soyez heureux, mes enfants!

J'ai déjà vu quelque chose comme ça, dans le temps, avec Jules. Louise avait la même tête. Allons, elle sera dépu... Je ne sais toujours pas comment on féminise ce mot-là. Il faudra que je regarde dans un dictionnaire.


Comme si j'avais le temps de regarder dans les dictionnaires! Il me faut, toute la journée, faire des courses qui n'en finissent pas: aller chez l'imprimeur pour commander des lettres de deuil, chez le chapelier pour commander des crêpes, chez celui-ci, chez celui-là. Ma soeur aussi se donne beaucoup de mal. Et c'est à peine si elle trouve une minute, le soir, lorsque mon père revient de Moussy, pour lui dire à l'oreille: