--Merci tout de même...
Il n'a pas l'air d'avoir confiance, réellement.
--Comprends-tu ça? me demande Léon en revenant. Douter de la victoire! Partir avec aussi peu d'enthousiasme!... Moi, je donnerais je ne sais quoi pour pouvoir aller rosser les Prussiens... Tiens, ce soldat n'a pas de coeur!...
Je ne sais pas trop. Il ne considère peut-être pas la guerre comme une partie de plaisir, il s'en fait peut-être une idée plus exacte que nous, au bout du compte. Et des tas de choses auxquelles je n'ai pas encore pensé se présentent à mon esprit...
--Eh bien? Était-ce beau? me demande mon père qui prend le café, sous la tonnelle du jardin, avec M. Beaudrain et M. Pion.
--Oh! oui.
--Beaucoup d'enthousiasme, comme toujours? crie M. Pion. Un entrain endiablé! Moi, voyez-vous, j'ai dû renoncer à assister au départ des troupes. Ça me faisait trop de mal de ne pas partir avec eux... Une guerre pareille! Une guerre qui sera une seconde édition de la campagne de Prusse...
--En 1806, fait M. Beaudrain... Iéna...
--Parfaitement. Vous connaissez le mot historique dit avant-hier à Saint-Cloud par un personnage des plus haut placés: «Cette guerre de 1870, comme celle de 1859, sera menée tambour battant.» L'Empereur, qui entendait, a souri... Il a souri, messieurs, répète M. Pion en tordant sa longue moustache.