Non, il n'y a pas à en douter. Mille fois non. Et si le soldat de la gare était ici... Par le fait, il avait l'air d'un imbécile; une figure idiote--quelque Bas-Breton--un illettré.

Oui, un illettré; ah! s'il pouvait lire les journaux, comme moi...

Car je lis les journaux, tous les jours, sans me cacher, en propriétaire. Mon père ne m'en empêche pas et ma soeur, heureuse de pouvoir causer avec moi des événements du jour, me les passe elle-même.

J'apprends ainsi que «c'est à peine si l'on s'aperçoit qu'un vide s'est produit dans nos arsenaux», que «la guerre ne peut avoir aucune surprise inquiétante pour nous; notre admirable corps d'éclaireurs, dont le moindre trappeur rendrait des points à Bas-de-Cuir, sondera le terrain devant chaque soldat»; et que «l'administration française a, de son côté, un service d'espions parfaitement organisé».

J'ai lu la réponse de l'Empereur à l'adresse du Corps législatif. J'ai vu comment il a répondu à l'Impératrice qui disait au Prince Impérial, en l'embrassant, au moment du départ:

--Adieu, Louis! et surtout fais ton devoir.

--Madame, nous le ferons tous.

J'ai vu comment il a veillé aux arrangements de sa maison militaire avec une austérité toute spartiate. Son domestique est réduit à un seul valet de chambre. Deux cantines suffiront à transporter tout le bagage impérial. «Pour bien faire la guerre, a répondu Sa Majesté à un général, il faut la faire en sous-lieutenant.»

Il paraît que l'enthousiasme est énorme, en province, au passage des régiments.

«On s'embrasse, dit la Liberté--un journal sérieux,--les mains et les coeurs s'étreignent. Il faut bien le dire, le succès est surtout pour les zouaves et les turcos, qui sont d'un entrain effroyable et d'une verve étourdissante.