--Ah! il y avait de rudes lapins, dans ce temps-là! dit M. Arnal en secouant la tête.
--Des Romains, dit M. Beaudrain.
Devant le tableau qui représente la bataille d'Iéna, mon père fait halte en frappant le parquet du pied. Il a l'air mécontent. C'est son habitude, quand il arrive devant cette toile-là. Il trouve que Napoléon n'est pas ressemblant.
--Il n'y est pas! Ah! dame, il n'y est pas... N'est-ce pas, monsieur Beaudrain, il n'y est pas?
--Pas tout à fait, en effet.
--Et pourtant, c'est d'Horace Vernet! D'habitude, il le réussit bien... Ah! ce diable d'Horace Vernet!...
Et, comme on longe une interminable galerie peuplée de statues, mon père raconte l'histoire de l'hirondelle tracée avec un bouchon noirci sur un plafond du Palais-Royal.
--Est-ce que vous croyez réellement, demande M. Arnal en se croisant les bras théâtralement, au bout de la galerie, est-ce que vous croyez que, lorsqu'on a vaincu successivement tous les peuples de l'Europe, on peut se laisser flanquer une volée par ces pouilleux de Prussiens?... Tenez, on devrait faire visiter le musée de Versailles à toutes les troupes qui partent pour la frontière. Ça les électriserait.
Avant de rentrer à la maison, mon père fait voir à ses invités, tout à côté, la propriété qui appartient à Bazaine. Il est tout fier d'avoir pour voisin l'illustre maréchal.
Le soir, à dîner, on trinque et on retrinque aux succès de l'armée française et à la santé de l'Empereur. Au dessert, M. Arnal est un peu parti. Et, malgré les coups de coude de sa femme, il entonne.