As-tu vu Bismarck?...

Ah! ils sont sûrs de la victoire, les Parisiens!


Ils ont raison. Les bonnes nouvelles se succèdent. Dans la Baltique, une partie de la flotte française bloque Koenigsberg et une autre partie, Dantzig. L'Empereur a quitté Metz, le 14, «pour aller combattre l'invasion», et le 16, le 17 et le 18, des batailles sanglantes ont été livrées aux Prussiens, dans lesquelles nous avons eu l'avantage. Dans la journée du 18, particulièrement, les Prussiens ont subi un échec considérable. Trois divisions allemandes ont été culbutées dans les carrières de Jaumont. J'ai vu, dans les journaux illustrés, des dessins d'envoyés spéciaux représentant la chute des régiments tombant les uns sur les autres, dans une horrible confusion. C'est un affreux entremêlement d'armes, d'hommes et de chevaux. Ça vous donne froid dans le dos.

On assure que, de la splendide armée du prince Frédéric-Charles, il ne reste que des débris. Et le ministre de la guerre a annoncé au Corps législatif que le corps entier des cuirassiers blancs de M. de Bismarck a été anéanti. Il n'en subsiste pas un.

Les étrangers, maintenant que nous sommes vainqueurs, ne cachent plus leurs sympathies pour la France. Le Figaro reçoit de Louvain une lettre d'un huissier qui exprime des sentiments communs à tous les Belges.

«Je ne suis qu'un huissier, dit l'auteur de cette lettre.--Je ne suis donc pas riche.

«Tant que durera la guerre contre ces brigands de Prussiens, je vous enverrai chaque mois 20 francs, pour secourir les blessés français. Fils d'un révolutionnaire de 1830, je donne pour mon père qui n'est plus...

«Courage, Français!--Si vous n'avez plus de chassepots, vous avez encore des couteaux et si cette dernière arme vous manque, alors... alors, il vous reste de l'arsenic!

«Faites qu'ils crèvent tous en France, tous les Prussiens qui ont eu l'audace de sortir de leurs bauges pour souiller le sol sacré de la patrie! O France de 89! les cosaques déposent leur fumier dans vos champs, qui ne devraient être abreuvés que de leur sang!