--C'est probablement la déclaration de de guerre qui le tracasse, répond ma soeur en ricanant.
Je ne réplique pas. A quoi bon? Cette pimbêche de Louise se figure que je suis trop petit pour m'occuper de politique et, à deux ou trois questions, que je lui ai posées ce matin elle m'a fait des réponses moqueuses. Mais, attends un peu, ma belle, dans cinq ou six ans je m'en occuperai, de politique; et tant que je voudrai, encore. Tandis que toi, tu n'es qu'une femme; et les femmes... Quand j'en aurai une, je ne lui permettrai de lire que les faits-divers, dans mon journal. Et si Jules n'est pas un imbécile, il fera comme moi. Il faudra que je le lui dise, tout à l'heure.
Je le lui dis. Je le retiens dans un coin de sa maison de l'avenue de Villeneuve-l'Étang où nous avons été lui rendre visite, l'après-midi, et je lui explique mon système. Il m'écoute en souriant.
--Tu n'as peut-être pas tort, mon ami. Seulement, tu oublies une chose: c'est que je ne suis pas encore ton beau-frère et que...
--Oh! c'est tout comme, Jules, car dans deux mois Louise et toi vous serez mariés.
--Et si la guerre tourne mal?
Je répondrais bien que ce n'est pas possible, mais il faudrait avouer que j'ai lu le journal qui prédit la victoire, et j'aime mieux ne pas répondre, passer pour manquer d'informations.
Je suis Jules au jardin où Léon, le frère de Jules, un garçon de mon âge, et Mlle Gâteclair, leur tante, causent avec mon père et ma soeur. Ils parlent de certains changements à apporter à l'arrangement du terrain.
--Il faudrait avant tout, dit Louise, un massif d'arbres verts pour cacher le réservoir.
--Jules y a songé ce matin, répond Mlle Gâteclair.