--Et que penseriez-vous, fait mon père qui vient de réfléchir profondément, sa canne sous le bras, son menton dans la main, que penseriez-vous d'une jolie corbeille de verveines ou de géraniums au milieu de cette pelouse?

--Ce serait gentil, dit Jules.

--Adorable, s'écrie Louise.

--Maintenant, continue mon père en se pourléchant les lèvres et en arrondissant les bras, on pourrait égayer un peu la façade en plaçant, par exemple, à droite une boule rouge, à gauche une boule verte et au milieu une boule dorée. Hein? Ce serait-il gentil?

--Charmant! Charmant!

Ça me paraît bête, tout simplement. On ferait bien mieux de conserver cette grande pelouse où l'on peut se rouler à son aise et faire de bonnes parties de quilles. Depuis un mois, chaque fois que nous venons chez Jules, c'est pour dresser des plans dont l'exécution doit révolutionner sa propriété. Il n'est question que de changement, de transformation, de dérangement. Et Jules qui trouve ça tout naturel! Il renverserait sa maison pour les beaux yeux de Louise. Ah! s'il la connaissait comme moi...

--Viens-tu arroser les fleurs avec moi? me demande Léon.

--Mais non. Il fait encore trop chaud.

La vérité, c'est que je ne veux pas quitter les grandes personnes. Elles vont certainement parler de la guerre, des Prussiens, et je ne veux pas perdre un mot de ce qu'elles vont dire.

J'attends une bonne heure, prêtant l'oreille, tout en faisant semblant de m'intéresser aux fleurs, aux arbustes. Rien; ils n'ont parlé de rien; ça a joliment l'air de les occuper, la guerre! Dieu de Dieu! comme je m'ennuie!