Que Jules soit heureux ou non, je m'en moque. Je ne veux plus m'occuper de lui: j'ai bien d'autres chats à fouetter. Des événements plus sérieux réclament mon attention, comme dirait M. Beaudrain. Il paraît que les Prussiens s'avancent vers Paris à marches forcées. J'ai déjà copié un bulletin qui engage les cultivateurs du département à porter leurs récoltes à Paris.

--On ferait bien mieux de les laisser où elles sont et de les défendre, dit M. Legros, qui ne sort plus qu'en uniforme de lieutenant de la garde nationale, et le sabre au coté.


J'ai été le voir commander la manoeuvre à ses hommes, dans la cour de l'usine à gaz, et je m'en suis tenu les côtes toute la journée. Je n'ai encore rien vu d'aussi ridicule.

Ça n'empêche pas le marchand de tabac de se prendre au sérieux. Il prétend qu'il faut enflammer les courages et déblatère du matin au soir contre le gouvernement qui s'obstine à ne pas envoyer d'armes.

--Il manque encore plus de trente mille fusils! Et dire qu'on ne devrait pas livrer à l'ennemi, sans combat, un pouce de notre territoire!

--Mais songez donc, supplie M. Beaudrain, comme si M. Legros était le dieu de la Guerre en personne, songez donc aux malheurs irréparables qui peuvent résulter d'une résistance inutile.

--Je ne songe à rien, quand j'ai le sol sacré de la patrie à défendre.

--Pensez aux ruines de toutes sortes, aux veuves et aux orphelins...

--Je pense à la patrie!