C'est l'aveuglement des peuples—ces parias hébétés par la misère et l'ignorance, ces souffrants dont les passions ont toujours, au fond, quelque chose de religieux—qui réclame de la foi révolutionnaire des sacrifices sanglants et des scapulaires rouges.

XXV

—Dis donc, toi, pourquoi as-tu cassé le manche de ta pioche, hier?

—Moi! j'ai cassé un manche de pioche?

—Viens voir un peu ici, si ce n'est pas vrai.

C'est le sapeur du génie Bompané qui m'interpelle et qui m'entraîne dans la casemate où l'on serre les outils tous les soirs. Qu'est-ce qu'il me chante, avec sa pioche?

—C'est une blague. Seulement, je voulais te parler sans attirer l'attention des pieds-de-banc. J'ai reçu ce matin une lettre d'un de tes parents, avec un mandat. Il y a une feuille pour toi. Tiens, la voilà.

C'est la réponse du cousin. Il se déclare prêt à me faire parvenir tous les mois une certaine somme, par les voies que je lui ai indiquées. Il me souhaite une bonne santé et m'engage à manger du chameau le moins souvent possible. On lui a dit que c'était échauffant. Brave cousin! il me demande aussi un peu plus de détails sur le pays. Je lui en donnerai des flottes. Je lui apprendrai comment on fabrique la couscous.

Un post-scriptum: «Tu me rembourseras les sommes que je t'avancerai jusqu'à ta libération, à ton retour, lorsque tu auras réglé tes comptes». C'est entendu.

Maintenant, je vais pouvoir mastiquer à ma fantaisie. Il n'est vraiment pas trop tôt. Bompané doit me passer un pain tous les deux jours et, de temps en temps, un litre de vin ou d'absinthe.