Pourquoi pas? puisque son supérieur—le commissaire—l'a demandé...

—Queslier, avez-vous quelque chose à dire pour votre défense?

—J'ai à dire que je n'ai refusé d'obéir à personne. Étant malade, je n'ai pu continuer un exercice que j'accomplissais. Malheureusement pour moi, le major...

—Asseyez-vous.

Les juges font semblant de délibérer. Ils rendent le verdict: Deux ans de prison.

Deux ans!...

XXXIV

Je suis revenu à Aïn-Halib, profondément écoeuré, indigné.

Ah! je ne m'étais jamais fait d'illusions sur l'ignominie du système militaire; mais c'est égal, il est des choses qu'on ne peut croire que lorsqu'on les a vues; et j'en vois de drôles, depuis quelque temps.

La sonde que j'ai laissée tomber dans la fange soldatesque n'a pas pu trouver le fond; quel bourbier de vilenies, quelle sentine de bassesses! Je sens que le mépris m'empoigne et que le dégoût me monte au coeur. C'est curieux, cela: le militarisme arrive à concilier dans mon esprit ces choses inconciliables d'ordinaire: la haine et le mépris, le dégoût et la crainte.