«Mon cher cousin, ton secret est enfin dévoilé. Je sais tout. N'ayant pas reçu de tes nouvelles depuis quelque temps, j'ai été demander des renseignements au ministère de la guerre. Ces renseignements sont épouvantables...»

Et patati et patata. On lui a dit que j'avais été envoyé aux Compagnies de Discipline pour mauvaise conduite et indiscipline, etc.—Un tas d'horreurs, quoi!

Le cousin se déclare scandalisé. Pauvre cousin!

«Personne n'y va, à ces Compagnies de Discipline.» Ça, c'est exagéré, cousin. Il vaudrait beaucoup mieux dire que tout le monde n'y va pas.

«Quel malheur que tu n'aies pas pu sortir de là! Quelle tache sur ton existence! Tu n'as pour ainsi dire plus de famille, maintenant...»

Et il entre dans de longs détails pour finir par me déclarer qu'à Paris, toutes les personnes que je connais me tourneront le dos...

Ça me permettra de leur flanquer plus facilement mon pied quelque part, si elles ne sont pas polies.

«Et qu'il faudra que j'aie un fier toupet pour oser me montrer dans les rues.»

J'aurai ce toupet-là, cousin—et je ne mettrai pas de masque.

Allons, une feuille de papier, une plume, et vite, vite, une réponse à l'aimable parent. Il pourrait, malgré tout, avoir conservé des illusions sur mon compte, et je ne veux point lui en laisser. Ce serait abuser de sa candeur. Et puis, ça me fera du bien, d'écrire un peu ce que je pense. C'est capable de me remonter.