Un jardin, une gare, des paniers, des marchands? C'est possible. Je ne sais pas.

Je suis entré tout droit dans la salle du départ et je me suis assis, contre la porte qui donne sur le quai, sur un banc. Mon coeur battait très fort, mes genoux tremblaient, un flot de sang me montait au visage.—Je n'avais plus de sang qu'à la tête.

J'avais mon billet dans la poche de mon dolman et je le sentais,—oui, je le sentais, à travers la doublure, à travers la toile de ma chemise, comme s'il avait voulu m'entrer dans la chair! Il me brûlait la peau, ce morceau de carton.

Tout d'un coup, la porte s'ouvre. Je m'élance, bousculant l'employé, je me précipite dans un wagon comme une bête féroce dans la cage où saigne un quartier de viande. J'ai fermé la porte sur moi, à toute volée, et je me suis laissé tomber sur la banquette.

Brusquement, je me suis senti libre. J'ai éprouvé, pendant une minute, une jouissance indéfinissable. Pour la première fois de ma vie—la seule peut-être—j'ai perçu, dans sa plénitude, la sensation de liberté.

.......................... ..........................

—Froissard, as-tu faim? Veux-tu manger un morceau?

Ce sont mes camarades de route qui finissent leurs provisions, avant d'arriver à Paris, et qui m'invitent à casser la croûte.

Non, je n'ai pas faim; non, je ne veux pas manger. Il me semble que je n'aurai plus jamais besoin de manger.

—Ah! non, toi, là-bas, garde le cervelas pour toi. Il y a de l'ail dedans, et, comme on va sucer la pomme à sa gonzesse...