De gros rires.

Quatre faubouriens, sur les sept que nous sommes. Quatre ouvriers qui vont reprendre leur métier, en arrivant, avec la misère qui les guettera au coin de l'établi et la débauche qui leur fera signe, au premier tournant de la rue. Rien à attendre d'eux, rien. Des récits fantastiques de leurs campagnes, peut-être, des histoires à dormir debout, des exagérations idiotes, des hâbleries... Ah! il n'y a pas de danger qu'ils aillent porter, dans l'atelier, sur les chantiers, le récit sincère de ce qu'ils ont vu, de ce qu'ils ont enduré,—la haine du militarisme! On les retrouvera arrêtés, badauds imbéciles, sur les boulevards où défilent les griffetons, au son d'une musique de sauvages; à Longchamps, les jours de revue, et l'on pourra les entendre applaudir, bien fort, au passage d'un général peinturluré comme une image d'Épinal, d'un colonel dont le plumet se dresse, au-dessus du shako, comme un pinceau de treize sous au-dessus d'un pot à colle.

A quoi ça leur sert-il d'avoir souffert?... Des animaux, alors? Pas même. Des bêtes sans rancune.

Et les autres: Le premier est un garçon instruit, un éduqué que je connais peu. Il se livre à des comparaisons très intéressantes entre la végétation africaine et celle de la France.

Ces comparaisons me font suer.

Le second, c'est cet imbécile de Lecreux. Il est libéré en même temps que moi. Je ne lui ai pas dit quatre mots, je crois, depuis que nous sommes partis d'Aïn-Halib. C'est égal, je serais curieux de savoir à quoi il peut penser, cet être-là. Je vais le lui demander. Je l'appellerai «mon vieux Lecreux.» Ça le flattera.

—Mon vieux Lecreux, tu ne dis rien. A quoi penses-tu?

—Je pense à une pièce de vers que j'ai faite...

Il fait des vers! J'aurais dû m'en douter!...

—Que j'ai commencée, plutôt, à Aïn-Halib. Je veux arriver à démontrer l'inanité de tout système philosophique. Je viens justement de trouver deux vers. Tiens, les voici: