Le lieutenant fait signe que oui.

—Il est déjà tout froid.

—Le misérable! s'écrie le capitaine. Attenter à ses jours! Allez donc prêcher les bons sentiments à des gens pareils! Rien ne les arrête, ni la religion, ni le souvenir de leur famille, rien, rien! Enfin, il s'est fait justice lui-même... Par le flanc droit!... marche!..

Le capitaine est à cheval. Il jette, en passant devant le gymnase, un coup d'oeil sur le cadavre. Il murmure:

—Il n'y a pas à dire, nous ne pouvons pas nous occuper de ça. Nous sommes déjà en retard. Le train n'attend pas. Il faudra que je pense à faire faire les écritures indispensables...

Puis, il se penche vers le sous-officier qui, la veille, s'est aperçu de la disparition des deux cartouches:

—Un mauvais soldat, ce Loupat, n'est-ce pas?... Était-il fort en gymnastique?

—Non, mon capitaine, il ne savait absolument rien faire. Il pouvait à peine se tenir au trapèze. Tous les jours, je le privais de vin pour ça; rien n'y faisait.

—Voyez-vous ça! et il trouve moyen, pour se pendre, de monter tout en haut de ce portique, d'attacher sa corde, de se la passer au cou et de se laisser tomber dans le vide. Ça doit être très difficile à faire, tout ça. Dire que ces canailles-là n'ont d'énergie que pour le mal!...

Nous nous sommes embarqués dans les wagons qui se mettent en route pour Tunis. Je passe la tête à la portière et j'aperçois là-bas, tout là-bas déjà, car le train file vite, une petite forme noire qui se balance au vent, sous un gibet, et que commencent à venir lécher doucement les premiers rayons du soleil.