— Non, sûrement. Car, depuis qu'il est de mode d'exposer les théories socialistes, je ne vois pas que la condition des déshérités se soit améliorée; elle a empiré, plutôt.
— Eh! bien, pour prendre un instant au sérieux les arguments de vos frères-ennemis les anarchistes, croyez-vous que cette propagande profite au gouvernement?
— Non, sûrement. Le gouvernement, si mauvais qu'il soit, se déciderait sans doute à faire quelques concessions aux misérables, par simple politique, s'il n'était pas harassé par les colporteurs des doctrines collectivistes; et il serait plus solide encore qu'il ne l'est.
— À qui profite-t-elle donc, alors, cette propagande?
Il a réfléchi un instant et m'a répondu.
— Au mouchard.
XII — L'IDÉE MARCHE
Une lettre de Roger-la-Honte m'a appelé à Rouen; il s'agissait d'une taxe extraordinaire à prélever sur un capital déterminé. Nous avons opéré la saisie pendant la nuit, afin de ne déranger personne, et nous sommes partis ensemble pour l'Angleterre. Je suis très content d'être revenu à Londres. L'Anarchie est un peu persécutée en ce moment et ses grands hommes se sont réfugiés sur le sol britannique. Ces théoriciens, ces faiseurs de systèmes qui ont si souvent déjà, dans leurs diverses publications, tracé la voie de l'humanité, ont sûrement une vision nette des choses, la prescience de l'avenir; ils connaissent le secret du Futur, et peut-être…
Mais pourquoi pas? Pourquoi me refuseraient-ils le secours de leur expérience? Pourquoi ne voudraient-ils pas m'indiquer la route qu'il faut suivre? Car ils ne doivent pas se payer de mots, ceux- là; et s'ils parlent, ce doit être pour dire quelque chose. Si j'allais les voir?… Oui, mais ils sont tant… Ils sont tant qu'il faut choisir.
J'ai fait mon choix: Balon, le psychologue anarchiste, que sa Célébralité soldatesque a rendu si célèbre; et Talmasco, dont le dernier livre a fait tant de bruit. Chez Balon, pour commencer.