C'est elle!… Et nunc erudimini, puella…
— Pour le moment, continue-t-elle, je suis entretenue principalement par Courbassol, le député de Malenvers. Tu connais? C'est lui qui m'a payé ce matin cette paire de solitaires. Jolis, hein? Tu sais, Courbassol sera ministre lundi ou mardi. On va fiche le ministère par terre après-demain; il y a assez longtemps qu'il nous rase… Demain, Courbassol va à Malenvers, avec sa bande, pour prononcer un grand discours; il m'en a déclamé des morceaux; c'est épatant. Après ça, tu comprends, il sera sûr de son portefeuille. Je vais à Malenvers avec lui, naturellement… Tu ne sais pas? Tu devrais y venir aussi. Oui, c'est ça, viens; ils doivent repartir par le train de onze heures du soir; je m'arrangerai pour avoir une migraine atroce qui me forcera à rester à Malenvers, et tu y demeureras, toi aussi. J'irai envahir ta chambre… Ah! au fait, c'est à l'hôtel du Sabot d'Or que nous allons tous; c'est le patron qui est l'agent électoral de Courbassol. Alors, c'est convenu? Tu prendras le train demain matin à huit heures? Bon. Excuse-moi de te quitter, mais ici je suis sous les armes; je ne peux pas abandonner mon poste…
Margot remonte dans sa voiture qui part au grand trot prendre son rang dans la file des équipages qui descendent l'allée des Acacias; et elle se retourne pour m'envoyer un dernier salut, très gentil, qui fait scintiller ses brillants.
Ah! Marguerite de Vaucouleurs!… Tu prends ta revanche; et Mme Montareuil aurait sans doute mieux fait, dans l'intérêt de son ignoble classe, de ne point te refuser un certificat. Tes pareilles, à qui on ne reproche encore que de ruiner des imbéciles, finiront peut-être, à force de démoraliser la Société, par l'amener au bord de l'abîme; et alors…
Elles étincelaient aussi du feu des pierres précieuses, ces perforatrices à couronnes de diamants qui tuèrent tant d'hommes lors des travaux du Saint-Gothard, mais grâce auxquelles on parvint à percer la montagne!
XIV — AVENTURES DE DEUX VOLEURS, D'UN CADAVRE ET D'UNE JOLIE FEMME
Si j'étais bavard, je sais bien ce que je dirais. Je roule depuis quatre heures dans un wagon occupé par des journalistes, et j'en ai entendu de vertes. Mais il ne faut jamais répéter ce que disent les journalistes; ça porte malheur.
Il y a plusieurs wagons devant la voiture dans laquelle je me trouve, et il y en a d'autres après; tous bourrés de personnages plus ou moins politiques, appartenant aux assemblées parlantes ou aspirant à y entrer. Courbassol est dans le train, et son collègue Un Tel, et son ami Chose, et son confrère Machinard; et beaucoup d'hommes de langue et de plume; et encore d'autres cocus; et plus, d'une cocotte; et surtout Margot. Une partie de l'âme de la France, quoi!
— Malenvers! Malenvers!…
On descend. La ville est pavoisée…