Le train ralentit son allure, pénètre sous la voûte de verre de la station; il va s'arrêter. Je jette un regard sur le vieux monsieur; ses mains se crispent et il semble faire des efforts désespérés pour ouvrir les yeux. Il est temps. Je tourne la poignée de la portière, je saisis mes deux valises — la mienne et l'autre — et je descends avec la légèreté qui me caractérise. Une minute après je suis dans un fiacre; et un quart d'heure ne s'est pas écoulé que je fais mon apparition, à l'hôtel du Roi Salomon.

— Ah! monsieur Randal! s'écrie l'hôtelière dès qu'elle m'aperçoit.
On ne parle que de vous, depuis ce matin.

— Qui cela?

— Mais, une charmante jeune fille…

— Et puis, et puis!… M. Canonnier, l'avez-vous vu?

— M. Canonnier? Je crois bien, que je l'ai vu! Il est là-haut, au premier étage; il vous attendait ce matin pour déjeuner…

Je ne l'écoute plus; je grimpe l'escalier au plus vite. Canonnier est ici!… Alors, qu'est-ce que c'était que cette comédie jouée hier par Issacar? Avait-il deviné le but de la manoeuvre que j'avais exécutée, et avait-il voulu, pour se venger à moitié, me faire une fausse peur sans nuire à l'homme que je voulais sauver? C'est bien possible… Je frappe à la porte qu'on m'a indiquée.

— Enfin! c'est toi, dit Canonnier qui vient m'ouvrir. Je commençais à désespérer. Qu'est-ce qui t'a retenu à Paris?

Autant ne point le lui avouer. À présent que le danger est passé, il vaut mieux ne pas parler de mes craintes.

— J'ai manqué le train du matin, dis-je; on m'avait réveillé, trop tard. Et il ne faudra pas m'imiter demain, car il est nécessaire de partir pour Londres à la première heure. J'ai à faire ici dans deux ou trois jours, mais je t'accompagnerai, quitte à revenir le lendemain, afin de vous, installer chez moi, toi et ta fille.