Elle s'appuie à mon bras pour sortir; et je la sens frissonner, lutter encore contre l'émotion subite qui l'a envahie et dont je ne m'explique pas la cause.
— J'espère que tu te sens mieux à présent, dis-je en traversant les jardins. Veux-tu te reposer ici un instant?
— Non, merci; je suis tout à fait remise, répond-elle en s'efforçant de sourire. Je ne sais ce que j'ai éprouvé, tout d'un coup… J'ai eu comme un éblouissement.
— La chaleur, peut-être…
— Oui, sans doute… et puis, voici déjà trois mois que nous sommes à Nice. J'ai entendu dire que lorsque l'hiver finissait… Si tu voulais, nous partirions… Nous partirions demain.
— Demain? Et où irions-nous? À Londres?
— Oui, à Londres; où il te plaira… Je voudrais aller loin d'ici, très loin…
— Quelle drôle d'idée! Enfin, si tu y tiens…
— Tu ne m'en veux pas? demande-t-elle en se serrant contre moi. Tu aurais peut-être désiré rester encore ici quelque temps, et je suis bien égoïste et bien capricieuse…
— Mais non, petite femme, je ne t'en veux pas; je n'étais content d'être ici que parce que tu y semblais heureuse; et puisque tu as cessé de t'y plaire, il faut nous en aller; voilà tout.