— Vous êtes bien mystérieux, l'abbé.

— Je le serais moins si mes révélations pouvaient vous être utiles; mais à quoi vous serviraient-elles? Si pourtant vous êtes curieux de détails biographiques, venez déjeuner, avec moi demain matin à l'hôtel Saint-Vincent de Paul. Je vous présenterai, de vous à moi, quelques types assez intéressants. C'est entendu? Le menu ne vous effrayera pas: consommé au rosaire, soles à l'immaculée, tournedos à la vierge, timbale de nouilles saint Joseph, crème terre-sainte et Château-Céleste… Je déménagerai après le café. Réflexion faite, je passerai encore une semaine à Vichy. Après quoi, mon retour à Paris s'impose.

— Une bonne oeuvre?

— Justement. Je m'occupe de la fondation d'un asile pour les filles-mères aux abois. Entreprise patriotique autant que charitable, car vous savez que la France se dépeuple effroyablement et que la seule population qui augmente sans cesse en ce beau pays, c'est celle des prisons. Mes circulaires et mes démarches ont produit le meilleur effet, et l'établissement ouvrira ses portes avant peu, j'espère. La directrice sera Mme°Boileau. Vous connaissez, je crois?

— Mme Boileau? Non; pas du tout.

— Mme Ida Boileau, rue Saint-Honoré?

— Quoi! Comment!…

— Mon Dieu! ricane l'abbé, ne faites donc pas l'enfant. Les choses les plus simples vous plongent dans la stupéfaction.

— Vous exagérez. J'ai appris à ne plus guère m'étonner. Ma surprise vient plutôt de vous voir en relations avec…

— Votre entourage?… C'est le hasard qui le veut, apparemment. Tenez, regardez là-bas, dans cette allée, ces deux messieurs et cette dame… Vous les connaissez certainement.