Mais, réflexion faite, je n'ai pas voulu créer ce personnage sympathique. Après avoir échoué dans ma première tentative, j'ai refusé d'en risquer une seconde. Et puis, si vous voulez que je vous le dise, je me suis aperçu qu'il y avait là-dedans une question de conscience.

Moi qui ai volé le Voleur, je ne puis guère le flétrir. Que d'autres, qui n'ont rien à se reprocher — au moins à son égard — le stigmatisent à leur gré; je n'y vois point d'inconvénient. Mais, moi, je n'en ai pas le droit. Peut-être.

Georges Darien.

Londres, 1896.

I — AURORE

Mes parents ne peuvent plus faire autrement.

Tout le monde le leur dit. On les y pousse de tous les côtés. Mme Dubourg a laissé entendre à ma mère qu'il était grand temps; et ma tante Augustine, en termes voilés, a mis mon père au pied du mur.

— Comment! des gens à leur aise, dans une situation commerciale superbe, avec une santé florissante, vivre seuls? Ne pas avoir d'enfant? De gueux, de gens qui vivent comme l'oiseau sur la branche, sans lendemains assurés, on comprend ça. Mais, sapristi!… Et la fortune amassée, où ira-t-elle? Et les bons exemples à léguer, le fruit de l'expérience à déposer en mains sûres?… Voyons, voyons, il vous, faut un enfant — au moins un. — Réfléchissez-y.

Le médecin s'en mêle:

— Mais, oui; vous êtes encore assez jeune; pourtant, il serait peut-être imprudent d'attendre davantage.