— En effet. Un vol de titres?
— Pour la plus grande part. Vous ne connaissez donc pas mieux votre pays? La France n'est ni religieuse, ni athée, ni révolutionnaire, ni militaire, ni même bourgeoise. Elle est en actions.
— Et pour quand?
— Ah! ça, je ne sais pas encore. Il faut attendre; peut-être quinze jours, peut-être un mois, peut-être plus. Dès que je serai fixé, je vous enverrai un télégramme pour vous dire de vous tenir prêt; et le lendemain, vous recevrez une seconde dépêche qui vous apprendra quel train il faudra prendre et vous indiquera l'endroit où vous me rencontrerez. Puis-je compter sur vous?
— Oui. Vous ne voulez pas que je vous donne ma parole d'honneur?
— Non. Je préfère que vous me donniez un renseignement. Combien remettez-vous aux gens qui vous fournissent des tuyaux?
— Trente-trois pour cent; jamais un sou de plus.
— Bon. Vous ferez une exception en ma faveur: vous me donnerez cinquante pour cent… N'ayez pas peur, vous n'y perdrez rien; au contraire. C'est moi qui vendrai les titres, et j'en retirerai le double de ce qu'ils vous rapporteraient à vous. Même, à l'occasion, si vous avez des négociations difficiles à conduire… À propos, vous ne faites jamais aucun mauvais coup ici, en Angleterre?
— Jamais. D'abord, parce que l'hospitalité anglaise est la moins tracassière des hospitalités; et ensuite, parce qu'on paye trop cher…
— Oui; je connais leurs atroces statuts criminels, les meilleurs du monde, disent les middle classes anglaises, parce qu'ils écrasent l'individu et le convainquent de son rien en face de la loi et de la société. Peut-être la bourgeoisie britannique payera- t-elle cher, un jour, sa férocité à l'égard des malfaiteurs.